Lutte contre le terrorisme
Nigeria : comment freiner l'essor de Lakurawa et Mamudawa ?
9.07.2026, 13:34
Une présence sécuritaire permanente et des programmes de relocalisation crédibles sont indispensables pour enrayer l'expansion des groupes Lakurawa et Mamudawa, affiliés à Al-Qaïda, au Nigeria, estime, dans un nouveau rapport, le Bonn International Centre for Conflict Studies (BICC), un institut de recherche allemand spécialisé dans les questions de paix et de sécurité.
Intitulé « Endiguer l'expansion des groupes insurgés Lakurawa et Mamudawa », le document met en garde contre une alliance émergente entre ces deux groupes, qui menace de déstabiliser la zone frontalière entre le Nigeria, le Niger et le Bénin. Selon les chercheurs, cette coopération renforce leurs capacités opérationnelles en combinant la mobilité transfrontalière de Lakurawa avec les réseaux logistiques de Mamudawa.
Apparu à l'origine comme un groupe d'autodéfense contre le vol de bétail dans le nord du Nigeria, Lakurawa s'est progressivement radicalisé et a noué des liens avec des factions actives au Niger voisin. Son rapprochement avec Mamudawa, affilié au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), branche sahélienne d'Al-Qaïda, a favorisé l'intégration des réseaux de contrebande d'armes, de carburant et de bétail volé.
Malgré les offensives de l'armée nigériane et la désignation de Lakurawa comme organisation terroriste, le groupe est parvenu à étendre son influence du nord-ouest vers le centre-nord du pays, relève le rapport.
Une présence sécuritaire jugée insuffisante
Selon le BICC, les opérations militaires ponctuelles menées dans les zones frontalières avec le Niger et le Bénin n'ont pas permis de consolider durablement les acquis sécuritaires. Les retraits réguliers des forces de sécurité ont créé des vides dont profitent les insurgés, poussant certaines communautés rurales à coopérer avec eux pour assurer leur survie.
Le centre de recherche recommande ainsi le maintien d'une présence sécuritaire de proximité et souligne que la récente formation de 7 000 gardes forestiers pourrait contribuer au renforcement des capacités locales. Il préconise également le développement des réseaux de renseignement communautaires et l'utilisation de moyens de communication sécurisés afin de protéger les informateurs contre d'éventuelles représailles.
Les auteurs appellent par ailleurs à la mise en place de programmes nationaux de relocalisation interne. Faute d'accès à des logements, à des terres cultivables ou à des compensations suffisantes, de nombreux déplacés sont contraints de retourner dans des zones sous influence des groupes armés, souligne le rapport.
L'économie parallèle au service des groupes armés
Le document indique également que les insurgés financent leurs activités grâce aux prélèvements imposés aux populations locales et au contrôle de sites d'exploitation aurifère clandestins. Dans certaines régions, les taxes imposées aux exploitants forestiers peuvent atteindre un million de nairas (environ 640 euros) par semaine.
Le rapport cite notamment le site aurifère de Woro, dans l'État de Kwara (centre-ouest), où travaillent environ un millier d'orpailleurs. Il rappelle aussi que plus de 150 femmes et enfants ont été enlevés lors d'une attaque menée en février 2026 dans la région voisine de Kaiama.
Tout en jugeant insuffisantes les interventions militaires sporadiques, les auteurs reconnaissent que certaines opérations, notamment « Fansan Yamma », ont permis de rétablir temporairement la sécurité dans plusieurs localités. Ils estiment toutefois que les retards dans le déploiement des renforts et les retraits récurrents des troupes compromettent ces avancées et favorisent le retour des groupes armés. Pour le BICC, seule une combinaison de présence sécuritaire durable, de mécanismes de protection des populations et de solutions de réinstallation viables permettra d'empêcher les groupes armés de regagner les zones reprises par les forces gouvernementales.